"Les banques, le crédit, la création de monnaie, l'intêret".

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1 - L'argent, imaginé comme moyen de faciliter le troc, est devenu une marchandise en lui-même. Fabriquer de la monnaie ne coûte rien en soi. Matériellement de l'argent est du papier et de l'encre, ou du métal embouti, ou des chiffres dans un ordinateur .

2 - Cette marchandise est créée pour une faible partie par les Banques Centrales (émettrices de monnaie "papier") sous contrôle de l'État. C'est celle qui normalement devrait servir a équilibrer les trocs au cours du temps, au fur et à mesure de l'augmentation de la production.

3 - Mais la plus grosse partie est crée par les Banques et Établissements financiers privés, sous forme de création de monnaie scripturale. Suivant les sources il serait de l'ordre de 95 % de l'ensemble de l'argent en circulation. Suivant les réglementations bancaires locales, un dépôt de 100 permet à une Banque de créer entre 10 et 20 prêts (crédits) de 100, mais cette vérification est quasi impossible dans les zones de non droit que sont les paradis fiscaux où il est possible que ces facteurs soient largement dépassés. Néanmoins intervient un "coefficient de viscosité" qui, pour nos pays occidentaux, limite la création de monnaie à 4 fois les dépots..

4 - Cette création explique donc les sommes faramineuses d'argent disponible pour la spéculation, qu'elle soit sur les devises ou sur les prises de participation boursières. Si encore elles servaient à véritablement créer des richesses en faisant bénéficier les pays les plus pauvres de prêts sans intéret à l'investissement et à la production, ceci pourrait devenir admissible. Mais en fait, elles sont gérés en grande partie par des "fonds de pension" américains spéculatifs (Hedge Funds ) avec une recherche de profit maximum (12%, 15% et même 18%). Pour obtenir des taux de profit aussi élevés et jamais connus à ce jour, les entreprises, relayées par un encadrement consentant ou contraint, minorent au maximum la redistribution sociale, c'est à dire, réduisent leur masse salariale et augmentent la productivité, l'un étant lié à l'autre.

5 - Avec un dépot de 100, une banque X crée 400 de "fausse monnaie". Mais les banques qui prêtent cet argent qu'elles ont elles même créé, le prêtent avec intéret. Comment acceptons-nous que des intérets soient prélevés sur une simple création de chiffres, par un organisme privé?

6 - Il y a donc, dans l'hypothèse basse, création de monnaie nouvelle pour 400 par un dépôt initial de 100 d'un épargnant, pour une banque. On objectera que lorsque le crédit est remboursé, l'argent créé est détruit et la créance également. Cela n'est vrai qu'au niveau du bilan d'une banque et hormis les intérets. Mais sur les flux, cet argent est présent en permanence.
Comme dit Jean-Yves HABERER, Inspecteur des finances, ancien secrétaire d'État au budget, (86-88), et ancien PDG du Crédit Lyonnais ....: " Monnaie et politique" Ed cours de droit, p 240: " ... Par conséquent, si l'observation des bilans de chaque banque permet bien de constater, a postériori, qu'elles ont transformé certains dépots en certains crédits, cette corrélation est contraire au mécanisme fondamental qui consiste pour les banques prises dans leur ensemble, à créer des crédits qui viennent ensuite alimenter les masses monétaires et quasimonétaires..."
Et comme dit aussi Maurice Allais, prix Nobel d'économie: "Dans son essence la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique à la création de monnaie par des faux- monnayeurs.. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents". (Note de lecture de son livre "La crise mondiale aujourd'hui")

7 - Comme le crédit au financement de la production provient de l'ensemble de la collectivité (qui va honorer ce crédit en cédant en échange ses biens et ses services), il doit donc lui appartenir.

8 - Donc le crédit, pour l'emprunteur, doit être un pouvoir d'achat avancé par la collectivité et non par des sociétés privées qui créent elles mêmes de la monnaie et en tirent bénéfice par l'intérêt .

9 - En conséquence le crédit, en tant que création de monnaie nouvelle, doit être sociétalisé (rendu à la société et distribué par l'intermédiaire de l'État). Les banques et établissements financiers voyant dans ce cas leur rôle réduit à ceux d'intermédiaires et de comptables dont les rémunérations sont des services facturés . De faibles intérets (crédits bonifiés) des crédits d'équipement à la production (usines, machines-outils, etc) sont de toute façon répercutés sur le consommateur final.

10 - Sachant qu'ils ne coûtent rien à l'État pour l'émettre, les crédits à la consommation, pour le financement d'achats de biens à moyen et long terme (ex: résidence - véhicule) pourraient faire l'objet d'un intérêt raisonnable, celui ci venant en déduction du capital à rembourser au solde du remboursement du crédit (afin que le crédit ne devienne pas une subvention éternelle) Ex: intêret 5% par an sur 5 ans = 25% du capital prété. Lorsque le remboursement (avec les intêrets) atteint les 100% du capital, le prêt serait considéré comme remboursé. Si une ou plusieurs mensualités ne sont pas respectés, les intérets seraient dus.

11 - Actuellement les État s'étant laissés déposséder du droit de battre monnaie au nom de leur nation en sont réduit à emprunter auprès de financiers privés. L'État n'a pas à rembourser les dettes qui sont issues d'une création pure et simple de monnaie par les établissements financiers. Par contre il a à rembourser les dettes issues des épargnes légitimes issues d'un revenu du travail (obligations ou emprunts d'Etats, souscrits par des particuliers, par exemple) et bien évidemment les "dettes extérieures" à d'autres pays.

12 - Ceci, il peut le faire simplement en se faisant crédit lui-même (en émettant les crédits et la monnaie dont il a besoin) pour rembourser ses dettes, car la création de monnaie ne crée pas obligatoirement des tendances inflationnistes (nous en sommes les témoins à l'heure actuelle; jamais autant de monnaie n'a été créé, le problème est que cette monnaie créée, pour une grande partie, est utilisée à des fins spéculatives): c'est l'écart entre une demande trop forte et une production trop faible qui crée de l'inflation. La même méthode (d'émission de crédit et de monnaie par l'État) doit servir pour financer ses dépenses publiques. Il s'agit seulement de légiférer en ce sens.

Enfin, nous pouvons méditer sur cet exemple: Fin 1862, le Président des Etats du Nord, Abraham Lincoln, avait besoin de 449 Millions de dollars pour continuer la lutte contre les Etats du Sud. Devant la proposition des banques de les lui prêter à 30 % d'intérêt, Lincoln recourut à l'art I de la Constitution des USA. Il fit voter par le Congrès l'émission de 449 000 000 dollars à dos vert (green-backs) , non ponctionneurs d'intérêt..
Non seulement le Nord gagna la guerre de Sécession, mais l'Agriculture et l'Industrie nordistes se mirent immédiatement à prospérer. Le retour à la gratuité et à la suffisance monétaire avait permis cette rapide résurrection. Aussi, en 1864, lors de sa campagne de réélection, Lincoln annonça-t-il son intention de continuer à émettre la monnaie USA, au lieu de l'acheter à Londres.
Cela induisit une réponse du porte-parole des banquiers de la Cité de Londres, Sir Goschen, qui publia au début de 1865 un éditorial dont voici un extrait éblouissant de clarté: "Si cette malveillante politique financière (de Lincoln) devait perdurer pour de bon, alors ce gouvernement fournira sa propre monnaie sans frais. Il sera sans aucune dette. Il aura tout l'argent nécessaire pour mener son commerce. Il deviendra prospère à un niveau sans précédent dans toute l'histoire de la civilisation. Ce gouvernement doit être détruit ou il détruira toute monarchie sur ce globe." (in Lincoln Money Martyred Omni Publication - Palmsdale USA)
Comment ne pas admirer l'aspect prophétique de l'écrit d'un homme si bien placé. Lincoln fut assassiné le 14 avril 1865 !