L'or vert ou la culture de l'argent

Un texte de Florent Lamiot publié sur la liste du collectif OGM-Danger.

Un petit fabliau qu'on raconte encore aux enfants pour leur édification et le développement de leur sens moral, du côté de la voie lactée, où souvent la réalité dépasse la fiction . Il pourrait être intitulé : L'or vert, ou la culture de l'argent.

Il était une fois, il y a bien longtemps sur la 3° planète d'un jeune système solaire des confins de la voie lactée, une forme de vie émergeante inhabituellement créative et ingénieuse.
Alors qu'après cinq crises d'extinctions biogéologiques majeures, la planète avait amorcé son plus bel épanouissement de biodiversité, il advint qu'un bipède à gros cerveau eut l'idée de manipuler génétiquement des plantes, pour produire des billets de banque.
Illico, des industries auto-rebaptisées « sciences de la vie », mirent au point à partir de gènes de tabac, de maïs, d'araignée, de chanvre, de betteraves, de dessinateurs et d'imprimeurs, diverses espèces végétales capables de produire des liasses de billets de toutes nationalités (des mollars Bt, des hyènes et des leurros.).

Grâce aux biotechnologies - émergeantes elles aussi -ces plantes produisirent leurs propres insecticides, fongicides, biostabilisateurs, ignifugants, nématicides et autres bactéricides virulicides afin que les billets de banque soient non biodégradables, incombustibles et lavables en machine, et bien entendu non-toxiques.
Chaque billet avait son empreinte génétique, qui valait numérotation et signature de la banque nationale : les faussaires durent se mettre au chômage ou au clonage. L'opinion publique fut ravie par ces billets verts infalsifiables et qui pouvaient même produire un peu d'oxygène et se défroisser, voire cicatriser, avec une agréable odeur de tabac vert lorsqu'on les exposaient au soleil.
Ce qu'ignoraient les gens qui prenaient un plaisir croissant à manipuler ces billets biotechnologiques, c'est que le papier de ces billets produisait de la nicotine et un soupçon de cocaïne qui faisait qu'à > terme, on ne pouvait plus se passer d'eux (sans doute une erreur des biotechnomolécularistes dans la recombinaison des gènes de coca et de tabac.. erreur qui fut d'ailleurs à l'origine de trouble grave du comportement chez les yuppies qui s'acharnaient à tenter de fumer ou sniffer les billets, avec de nombreux cas d'empoisonnement aux biotechnopesticides (en effet, toute tentative de combustion, déchirure, broyage ou découpe du billet générait un processus d'auto-cicatrisation végétale, avec émissions de phénols et formaldéhydes)

A la demande de la banque mondiale, les graines étaient terminatorisées pour contrôler les risques d'inflation, et les pollens étaient réduits à leur plus simple expression : l'expression du génome du billet de banque, des fonctions minimales de la plante (autofécondable), et l'expression d'une batterie de molécules phytosanitaires. Une énorme étude internationale indépendante et transparente fut menées par les services publiques, avec l'aide et les financements des fabricants, avec des chercheurs spécialement formés par eux, pour prouver l'absence d'éventuels impacts sur la santé.
Des milliers d'expérience de mise en contacts de billets verts, ainsi que de pollens monétiques, furent menées, avec de nombreux organismes : des abeilles, des coccinelles, des rats, des lapins et des adultes, durant des périodes de 48 h, 56 h et même 12 mois.. qui toutes confirmèrent une totale innocuité pour les abeilles et pour l'homme (bien qu'on ait observé quelques cas d'euphories inexplicables, ou au contraire d'allergies graves, et de curieuses diminutions de taille d'organes (le cerveau notamment), et sur le long terme (car quelques expériences secrètes se sont prolongées durant deux longues années sur des prisonniers de pays du sud, avec mise en évidence de troubles neurophysiologique, d'origine mal comprise, mais jugés acceptables au regard des bénéfices attendus).

En quelques mois, les agrimoléculteurs firent fortune, et les propriétaires forestiers voulurent leur part du gâteau. Les instituts forestiers et de recherche publique, en toute indépendance inventèrent alors des arbres à billets, qu'ils brevetèrent et mirent rapidement sur le marché (les fameux plants d'épargne boursiers, à fort taux d'intérêt et très haute valeur ajoutée).. bien plus productifs que les meilleurs placements boursiers (avec il faut le reconnaître quelques problèmes lors des grandes tempêtes de 2007, 2008, 2009 et 2010 où les cours se sont envolés dans tous les sens du terme..)

On inventa aussi des plantes à billets adaptées aux sols salés et arides.. Elles eurent pour inconvénient d'occuper l'habitat des derniers flamands roses qui furent vite oubliés grâce à une campagne de publi-reportages montrant que ces plantes pouvaient en revanche contribuer à fixer les dunes et limiter les avancées préoccupantes du désert, en enrichissant les pays pauvres (avec cependant un rendement moindre et des limites, en raison du manque d'engrais, de surprenantes adaptations des populations de criquets migrateurs mutants, mais surtout de la salinisation et de la baisse des nappes provoquées par les cultures monétiques).

Les premières graines furent vendues aux enchères, à des coûts exorbitants. Mais on se les arrachaient, car dès l'année suivante, on pouvait se rem-bourser en billet de banque pour emprunter un peu plus pour acheter un peu plus de graines. L'euphorie gagna le monde des exploitants agricoles et les boursiers, car les plantes bancaires faisaient d'excellents puits de carbone, tout en remplissant les coffres. Elles apaisaient les tensions sociales en procurant un argent bienvenu aux millions de personnes mises au chômage (papeteries, banques, et autres imprimeries nationales). Les plantes à billets étaient certifiées « garanties tolérantes aux désherbants totaux », ce qui dopa le marché des désherbants. Elles étaient insecticides, ce qui permit aux agriculteurs, sur les économies d'insecticides, de se payer les milices et les armes nécessaires à la défense de leurs propriétés contre les envieux et les pirates, et contre quelques groupuscules de green warriors, qui poussés - disait-on - par leur égo et leur peur du progrès, tentaient lors d'opérations médiatiques, de détruire les cultures transgéniques monétiques.

Ensuite, tout se passa très vite. La demande dépassa rapidement l'offre, et des gens au nom de l'égalité des chances et de la liberté se tuèrent les uns les autres pour acquérir les graines que seules quelques multinationales étaient autorisées à produire. On craignit que la 3° révolution verte soit salie par de sanglantes effusion. Pour circonvenir la menace de révolte généralisée des petits porteurs, il fallut faire appel à tous les moyens du clonage industriel pour satisfaire le marché. Malgré les quotas de surface, les bénéfices chutèrent. Le marché devint morose.

C'est alors que par un mystérieux hasard (qu'on attribua à un acte désespéré des résistants aux cultures monétiques), alors même que le cours du billet s'effondrait, le transgène bien que soigneusement breveté se déterminatorisa et s'échappa dans la nature. Un nombre croissant d'espèces végétales apparentées se mit alors à produire des gigatonnes de billets de banque imputrescibles.. de manière saisonnière dans l'hémisphère nord, et de manière permanente entre les tropiques.. Suite à des transferts viraux et bactériens pourtant jugés très improbables, ce fut le tour d'un nombre toujours plus grand d'espèces.

Dans le même temps, des croisements imprévus produisirent des billets illisibles (mélanges de Mollar et de Leuro pour la plupart) que les banques mondiales durent incinérer dans des incinérateurs spéciaux (afin de limiter les émissions de dioxines, PCB et autres gaz à effet de serre et à trouer l'ozone..) .. Ces billets inutilisables furent à l'origine de la plus grande crise financière qu'ai connu l'humanité.

La crise fut brève, car les sols furent rapidement épuisée par les racines des plantes à billet, pollués par leurs métabolites, et asphyxiés sous d'épaisses couches de papier biotechnologique, irradiée par les UV et bientôt, il n'y eut plus rien à manger. Les tortues, baleines, phoques et cachalot moururent en tentant de manger les leurres de papier transgénique et monétique, alors que les poissons étaient tous empoisonnés par les relargage de biopesticides intégrés et par un plancton inconnu qui vu au microscope ressemblait fortement à un minuscule billet mutant (un Mollar miniature).

Il y eut bien quelques rongeurs herbivores qui s'adaptèrent et commencèrent à manger les billets de banque, mais ceux de ces rongeurs qui échappèrent aux derniers chasseurs furent décimés par de mystérieux prions ou finalement empoisonnés par les doses croissantes de pesticides métabolisées par les plantes à billets. Rapidement, ils ne furent plus assez nombreux pour brouter les champs de billets de banque qui ensevelirent les vallées les lacs jusqu'aux forêts transgéniques elles-mêmes. Les espèces dites supérieures disparurent.

Sous le soleil d'un printemps silencieux, les algues, les lichens, et quelques bactéries échappées de décharges de classe 1 commencèrent à digérer l'immense couche de papier.. Les insectes avaient enfin le champs libre, leur principale espèce nuisible avait disparu.

C'est en analysant le contenu des coffres forts de banques et la couche géologique monétarisée que les archéopaléontologues ont pu reconstituer cette étrange histoire. Espérons qu'elle ne se reproduira pas.

Bien entendu toute ressemblance avec une histoire ou des personnes ayant existée ne serait que pure coïncidence, néanmoins, comme le disait récemment je ne sais plus qui ; les histoires à retournement concernant les produits chimiques comme le DDT (récompensé par une prix Nobel), les CFC (récompensés par le prix Pristley, la plus haute récompense de la chimie américaine) ou les PCB, ou les radionucléïdes (utilisés abusivement comme médicaments ou reconstituants) sont des précédants dont il faut tirer les leçons et qui doivent nous inviter à réfléchir aux relations de l'homme avec les autres espèces et la planète qui reste son seul vaisseau.

Florent Lamiot

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