Deux notes de lecture du Docteur Jacques Costagliola

1 - A. Aschieri - "La France toxique, santé-environnement, les risques cachés" (La Découverte, Paris, 1999
2 - JM Benjamin "Irak, l’apocalypse" (Favre, Lausanne, 1999)

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1 - A. Aschieri - "La France toxique, santé-environnement, les risques cachés" (La Découverte, Paris, 1999)

C’est la forme publique du rapport confié à un député par le Premier Ministre le 18 mai 1998 et remis en novembre de la même année sur la nécessite de créer trois agences de sécurité sanitaire. Pourquoi lui avoir laissé si peu de temps ? Ses premiers efforts sont contrés par ses collègues, le Dr Alain Calmat s’oppose à la présence d’un représentant des consommateurs au conseil scientifique de l’agence, la commission des affaires sociales s’oppose à l’amendement interdisant toute subvention de l’agence par les fonds de ceux qu’elle contrôle. Cette aliénation financière des contrôleurs paralyse la sécurité. La commission refuse aussi l’adjonction du ministre de l’environnement aux ministres de la santé et de l’agriculture dans la tutelle de l’agence. Puis, Aschieri fait des découvertes : Les grandes industries polluantes ont des représentants dans les organismes de surveillance de leurs domaines de risques. Elles participent aux décisions de mise en garde, limitations, mesures de précautions, interdictions de leurs propres produits ! Elles placent leurs experts jusque dans le Conseil supérieur d’hygiène publique. 

Des chargés de mission d’aider Aschieri contrent ses initiatives : pas d’internet, pas de commission scientifique, pas de colloques. L’administration consultée tente de minimiser les risques, d’empêcher des révélations : misère. de l’écotoxicologie, sous-développement de l’épidémiologie, de la prévention et de l’information, trop peu d’experts qui sont, de plus, régentés par les industriels ; exemples du sang contaminé, de l’amiante, dont la toxicité, connue depuis 1900, a été camouflée jusqu’à l’explosion de milliers de morts, du veau aux hormones, de la vache anglaise... La spécialité de médecine de l’environnement reste à créer. Après la sortie du rapport, l’Union des industries chimiques tentera encore de le discréditer.  

L’industrie dispose de 100.000 molécules dont le centième a été étudié, leur étude porte sur la létalité, non sur la toxicité chronique, les interactions, l’accumulation (l’hexame voit sa toxicité multipliée par 20 par association à l’acétone).

Le coût de la pollution de l’air est évalué à 60 milliards F annuels, la mise aux normes des bâtiments amiantés à 100 milliards, la mise en conformité européenne des taux de plomb dans l’eau à 10 µg par litre, à 140 milliards ; le CNRS a recensé plus de 200.000 sites à nettoyer de toxiques divers déversés depuis deux siècles : hydrocarbures, métaux lourds, amiante, furane, dioxine, phtalate, nitrates, pesticides, PCB, benzène et les seize pops, soit 2000 à 3000 par département.  Le risque est présent à l’intérieur de l’habitat.

L’INRS, chargé d’étudier les risques de toxicité des travailleurs aurait viré un de ses chimistes qui étudiait les éthers de glycol, toxiques de la reproduction. L’institut aurait soutenu le combat retardateur des industriels de l’amiante jusqu’en 1985, dissimulé les données sur les cancers de l’aluminium d’une usine Péchiney, groupe présent dans son conseil scientifique. L’INRS n’est pas soumis à la tutelle de l’état. Les industriels ont infiltré les cadres administratifs du ministère du travail et bloqué pendant seize ans les travaux du comité permanent amiante. Et l’interdiction totale de l’amiante est programmée pour 2005.

L’explosion des cancers du cerveau, du sein, de la thyroïde, des lymphomes, des allergies et affections respiratoires est en rapport avec le bond exponentiel des agents produits : deux nouvelles molécules par minute ; 8.500 insecticides, herbicides, pesticides sont utilisés en agriculture au niveau de 100.000 tonnes par an. Selon l’OMS, en 1997, la pollution a tué 17.269 Français soit deux fois plus que la route. Que dire des épandages de déchets volumineux : boues de stations d’épurations, des eaux usées, dans les champs et dans les farines de l’alimentation animale, de Saint-Gobain se débarrassant de ses déchets radioactifs dans notre laine de verre, avec l’accord discret de l’OPRI. Le rapport est déposé. L’agence de sécurité sanitaire verra-t-elle le jour ? Aura-t-elle les mains libres ? Le premier décret d’application vient d’être pris en avril 2000.

Jacques Costagliola


2 - JM Benjamin "Irak, l’apocalypse" (Favre, Lausanne, 1999)

L’Irak, terre de vestiges archéologiques de Sumer et Babylone, a une population de 22 millions de musulmans et 700.000 chrétiens arabes, dont moitié de catholiques, la plus ancienne communauté chrétienne. L’Irak a successivement été colonisé par les Turcs puis par les Anglais qui en détachent en 1921 l’émirat koweitien, c'est-à-dire l’Irak pétrolier, l’Irak utile. Anglais et Turcs écrasent la révolte kurde en 1930 et un coup d’état militaire en 1941. En 1958, la dynastie à la solde de l’Angleterre est renversée, le parti baas accède au pouvoir en 1963 et Saddam Hussein en 1979. Puis c’est une guerre épuisante contre l’Iran (1980-88). En août 1990, l’Irak tente de reprendre le Koweit tombant dans le piège américain. L’ambassadeur lui avait promis la neutralité des États-Unis qui mobiliseront 39 nations dont plusieurs nations arabes, grâce à l’opération des pouponnières koweitiennes montée par une officine de désinformation. Et c’est la guerre du Golfe.

Contre les 250.000 hommes de Saddam et ses 300 chars, dont on avait voulu faire la quatrième armée du monde, 500.000 Américains et 200.000 supplétifs euroarabes, 2.500 chars, 1700 avions, 150 navires. Du 17 janvier au 24 février 1991, près d’un million de projectiles à uranium appauvri, des centaines de missiles, et 95.000 tonnes de bombes équivalent de plusieurs Hirochima. Pour la seule phase terrestre cent mille morts irakiens contre trente américains. Depuis, des dizaines de milliers d’enfants irakiens meurent chaque année d’embargo. La mortalité infantile est repassée de 2,3 à 13 %. L’école a perdu 30 % des élèves et le budget de la santé est passé de 500.000 millions de dollars à 37. Le sol, l’air, les eaux, et les nappes phréatiques ont été pulvérisés et vaporisés d’uranium 238 ; 230.000 Américains ont été contaminés par l’U238 ; c’est le fameux syndrome du golfe.

Depuis les bombardements se poursuivent au moindre prétexte (verrouillage radar, etc). Du 16 au 19 décembre 1998, plus de missiles ont été tirés que pendant la guerre du Golfe. De janvier à mars 1999 ont été détruits des centrales électriques, des centres d’épuration des eaux, de télécommunications, dépôts d’alimentation et aussi des écoles, des hôpitaux et des habitations, à la suite du rapport orienté de Butler qui devra démissionner de l’UNSCOM. Les armes nouvelles sont essayées sans risque : bombes thermiques, au napalm, projectiles et obus à uranium appauvri.

L’uranium naturel contient 0,7 % d’U235, le nucléaire civil a besoin d’un taux de 3-4 % et le nucléaire militaire d’un taux de 90 %. Pour obtenir 1 kg d’uranium enrichi, il reste donc10 kg d’U238 non fissile faiblement radioactif à demi vie de 4,3 milliards d’années. Ne sachant que faire de ce déchet, on utilisera sa dureté et sa force perforante dans les quilles de voiliers et dans les pointes d’obus et le blindage des chars. L’explosion pulvérise de la vapeur d’U238 dans l’atmosphère et dans le sol : une particule de 2,5 µ engendrerait une contamination de 170 rems par an,  de 1360 rems pour une particule de 5 µ, et ce pour des millénaires. Ces particules insolubles sont inhalées ou ingérées, à leur radioactivité s’ajoute une néphrohépatotoxicité à la dose de 0,003 mg/kg. L’aviation a tiré 783.500 obus de 30 mm contenant 300 g d’ U238 soit 235 tonnes éparpillées sur l’Irak, auxquelles il faut ajouter les obus DCA de la marine, les onze tonnes des 67.436 projectiles tirés par les marines et la demie tonne de projectiles anglais antichars. La France achète de l’U238  par COGEMA et FRAMATOME.

Le sud de l’Irak a vu une progression des leucémies de 56, 183 et 350 % selon les provinces. Le syndrome de contamination par l’U238 ou uranose 238, comprend : une chute des défenses immunitaires, de fortes manifestations d’herpès et de zonas, une dysfonction hépatorénale de type nouveau, un syndrome clinique sidatoïde (sans VIH), des atteintes de leucémie, anémie aplasique, lymphomes, cancers. Dans la progéniture, par présence d’ U238 dans le sperme, on note des malformations et des avortements.

Les Irakiens sont contaminés de façon diffuse, les Américains l’ont été massivement, après les combats ils se précipitaient à la recherche de souvenirs, fragments d’obus, de chars, etc.  Le Pentagone a tenté longtemps d’attribuer le syndrome au gaz nervin, aux vaccins antichimiques, au stress post-traumatique. Des examens et des archives ont été perdus, des médecins auraient été virés pour avoir évoqué et rechercher cette étiologie.

Jacques Costagliola