La mort de 58 personnes dans un camion à Douvres

Une tragédie de plus après le naufrage d'innombrables boat-people et le sacrifice de deux adolescents d'Afrique morts de froid dans le train d'atterrissage d'un avion.

Combien en faudra-t-il pour que l'émotion provoqué par ces morts débouche enfin sur des mesures rendant impossible la réédition de tels drames?

Jamais assez sans doute puisque l'horreur plus effroyable encore de millions d'hommes, de femmes et d'enfants mourant de faim chaque année dans leur propre pays ne nous a pas encore décidés à imposer à nos gouvernements l'adoption d'un système socio-économique susceptible de répondre au besoin de toute la population de la planète.

Vous allez voir que les autorités ne manqueront pas d'imputer la mort de ces malheureux jeunes Chinois aux réseaux mafieux de passeurs qui exploitent -honteusement il est vrai- la misère d'habitants du Tiers Monde en quête, non d'un Eldorado, mais d'une chance de survie.

C'est oublier deux choses:

La première est qu'il n'y aurait pas de passeurs sans politique anti-immigration refoulant sans pitié vers une mort certaine les réfugiés économiques qui n'ont dès lors plus d'autre alternative que d'attendre de mourir de faim, une mort bien plus longue et douloureuse que l'asphyxie.

La seconde est que ces réfugiés eux-mêmes ont préféré être exploités par les passeurs que par le système économique que nous avons mis en place à notre profit dans leur pays.

Savez-vous par exemple à quel prix arrive chez un grossiste européen un T-shirt d'excellente qualité à manches longues fabriqué à Pékin? 27 FB (0,67 €) transport compris!!! Décomptez le prix des matières premières, l'amortissement de l'outillage et le bénéfice de la société productrice pour vous faire une idée de ce que gagne le travailleur qui a produit votre T-shirt.

Ce T-shirt que vous payez, vous, quelques centaines de francs ou que vous recevez gratuitement avec une publicité pour NIKE qui fait fabriquer ses chaussures de sport par des enfants Vietnamiens à un tarif moindre encore participe à notre qualité de vie mais au détriment de celle des autres.

Dès lors, la volonté de ces gens d'immigrer dans les pays qui soutiennent ce système économique dont ils profitent est absolument légitime et toute politique anti-immigration est criminelle. Ceux qui affirment que "nous ne pouvons héberger toute la misère du monde", qu'il faut " renvoyer chez eux les clandestins" tuent plus sûrement qu'avec une mitraillette.

Les avis pondérés, nuancés, "raisonnables" selon lesquels un accueil non filtrant des immigrés serait ingérable et conduirait à notre propre paupérisation sont exacts mais illogiques car la réponse est "Et alors? Pourquoi mériterions-nous d'échapper à une paupérisation mondiale que nous avons nous-même provoquée?"

Vous rendez-vous compte de l'agressivité de ces avis à l'égard des candidats à l'immigration , d'autres humains comme nous? Ils signifient simplement : "Seul mon confort compte, toi tu peux crever".

Il suffirait de si peu pour transformer notre système libéral oppresseur en un système libéral respectueux du droit au bonheur de chaque être humain.

Que manque t-il actuellement pour permettre aux habitants des pays pauvres d'obtenir des denrées alimentaires, des produits vestimentaires, des soins de santé, un habitat confortable et un accès à l'instruction répondant à leurs besoins?

Ce ne sont pas les matières premières ni les technologies qui manquent. J'ai lu quelque part qu'à l'heure actuelle, la planète pourrait répondre aux besoins de huit milliards d'habitants et que cette capacité de production tend à augmenter.

Nous connaissons d'ailleurs régulièrement des problèmes de surproduction. Qui ne se souvient de la lettre humoristique écrite au Ministre de l'Agriculture par un candidat à la prime pour non-élevage de cochons ?

Ce n'est pas non plus la main d'oeuvre.  Le chômage bat son plein et le peuple ici- bas s'en plaint.

Ce n'est pas non plus l'argent puisque les sommes investies dans la production de richesses ne représentent qu'entre 1,10 et 1,25% de l'ensemble des sommes d'argent en circulation.

Ce qui manque, c'est l'opportunité de réaliser un profit en finançant une telle production. Puisqu'il n'y a pas d'argent dans le Tiers-Monde pour la payer, l'opération ne serait pas rentable. Je sais...c'est horrible d'exprimer cela ainsi mais c'est la réalité d'un monde bâti sur l'argent.

J'ai lu un jour sous la plume d'un des économistes d'Attac (Michel Lasserre ou Jean-Pierre Avermaete) que, quelque part, la spéculation sur les marchés virtuels (la fameuse bulle financière) est utile car elle permet de garder hors du circuit production-consommation des sommes colossales qui, si elles y étaient investies, se feraient une telle concurrence que l'espoir de profit tendrait vers zéro décourageant ainsi toute velléité de production.

Le problème central est donc bien un problème de motivation. Avec une seule valeur de référence axée sur la rentabilité économique, le problème est insoluble mais l’introduction d’une monnaie liée à ce qui est utile à l’Homme permet de résoudre ce problème en très peu de temps. Si, demain, l’argent dépourvu de robins perd toute sa valeur, il est clair que le robin constituera une motivation suffisante pour entraîner une production de nature à satisfaire les besoins de tout habitant de la planète. Peu importe qu’il puisse ou non payer en argent puisqu’une compensation en robins (qui ne coûte rien à personne) compenserait la perte financière.

Nous sommes des criminels si nous ne forçons pas nos gouvernements à adopter un tel projet de société.

Jean-Marc Flament