YHAD : penser autrement 
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1)  Quelle pensée originale pour l'objet de YHAD?

Un membre disait : “je ne poserais jamais de proposition si elle ne sont pas valable pour l'humanité en général.(...). Je ne pense donc jamais les solutions en terme d'europe ou d'occident. (...) Il ne s'agit pas de régenter la vie des autres mais de faire des propositions... ”

J'ajoute que penser dans le seul cadre d'une nation-Etat reste d'une banalité au long d'une histoire millénaire pétrie de l'égoïsme naturel des peuples, des nations, des empires...

Il ne s'agit pas de faire la leçon aux autres -certes non!- mais seulement d'examiner librement -sans contraintes idéologiques- quels champs de pensée s'ouvrent à une réflexion novatrice qui oserait penser le village-Terre dans son ensemble. (les problèmes d'environnement et de pollution mondiale nous y obligent déjà, hélas-heureusement...)

Ne pas le faire et se cantonner aux calculs de macro-économie reste l'apanage d'innombrables partis politiques en France comme ailleurs.

 Certes c'est utile, mais personnellement, j'attends autre chose, de bien plus grand et plus original, sous l'égide de YHAD...

N'étant pas un parti politique, YHAD peut -et à mon sens "doit"- s'investir dans une telle exploration. Rappelons que ATTAC, telle que proposée par Ignacio Ramonet dans son éditorial de mars 1998, n'est pas non plus réduite à un nationalisme-souverainisme contre le libéralisme (incarné par les USA ou l'OMC), mais ATTAC n'a de sens que dans un réseau citoyen mondial. 

2) égoïsme et partage, un critère majeur pour "un monde meilleur" à mon sens !

Un membre disait : “je ne pense pas que les occidentaux soient les plus vertueux dans la gestion de la planète et surtout de ses ressources naturelles, mais je ne suis absolument pas d'accord pour "partager" (abaisser au delà d'un certain plancher notre niveau de vie) avec des pays incapables de gérer leur démographie qu'elle qu'en soit la raison.”

Ne pas partager, est la règle visible et dominante dans ce que j'ai appelé une histoire millénaire pétrie de l'égoïsme naturel des peuples, nations, empires coloniaux...

Cette position est-elle compatible avec l'état d'esprit et l'objet de YHAD?

Et justement, dans le "quelle qu'en soit la raison" se trouverait peut-être la part de responsabilité de l'occident et des pays riches-industrialisés.

En effet, si les richesses du monde ont été captées et concentrées en occident (depuis Cortés et Pizarre il y a 500 ans, aux empires coloniaux français/britanniques/portugais du 19ème siècles) comment s'étonner que des gens préférent ne pas crever de faim chez eux et venir là où se trouvent les moyens de survie?

Aucune loi au monde n'interdira à un humain de tenter l'impossible pour ne pas crever de faim, lui et ses proches! D'où les incroyables histoires de clandestins arrivant en occident dans des conditions dramatiques...

Comment comprendre sinon que deux adolescents d'Afrique Noire aient pu tenter le voyage en se cachant dans le train d'atterrissage d'un avion, où on les a retrouvés morts de froid?...

Qui peut quantifier la misère infligée à l'Afrique noire lorsque 300 ans d'esclavage y ont prélevé 50 à 80 millions de bras et villageois? D'autant que leur travail d'esclave a donné la fortune aux pays riches d'aujourd'hui... Qui peut quantifier la captation des richesses naturelles dans ces pays du temps des empires coloniaux? Qui peut évaluer l'impact des monocultures imposées par l'occident (tel pays fera les bananes, celui-ci le cacao, l'autre le coton, etc) et la ruine engendrée par les frasques boursières dans ces pays (chute du cours du cacao par exemple)?

Qui ne voit que le déficit d'industrialisation dans ces pays pauvres qu'on a préféré piller résulte aujourd'hui en termes d'immigration aux flux importants?...

Et ces pays-riches vont leur dire aujourd'hui, on ne partage pas, restez- chez vous, prenez un billet dans la file d'attente, on vous écrira! 

3) Recadrer le rôle respectif de l’expertise et des principes de fond

Un membre disait : “ je ne suis pas d'accord pour "rêver" si c'est uniquement dans le but de remplir un placard de plus avec des projets avortés. Il ne s'agit pas de refaire au niveau citoyen les erreurs "technocratiques, (je connais, j'en suis un:-) car on a sur Terre tous les experts nécessaires pour faire un diagnostic de ce qui cloche et proposer des solutions. CES SOLUTIONS EXISTENT!”

Einstein disait qu'on ne peut résoudre un problème avec la même logique que celle qui l'a engendré...

Les experts n'ont pas vocation à penser de manière novatrice sur le fond mais appliquent leur savoir-faire technique à l'analyse des problèmes existants. Les solutions auront davantage de pertinence si elles viennent d'un changement d'esprit sur un plan plus profond, un plan plus causal.

Au sein de YHAD (comme ailleurs, sans prétention) nous cherchons à identifier des solutions que nous nommons "humanistes". Il appartiendra ensuite aux experts de chercher les moyens techniques de réalisation, d'exécution, de faisabilité. Bref, d'abord les principes de fond, ensuite l'intendance des chiffres et outils techniques.

Le 20ème a été le siècle de l'expertise et n'a pu empêcher que le monde soit devenu le contraire de ce que les principes voulaient: coût, rentabilité, croissance, PIB, PNB,etc.

Le PNB d'une nation peut croître et l'expertise s'en réjouit, mais en même temps les suicides augmentent (c'est le cas en France) et l'humaniste s'en désole... Mais le PIB ou le PNB n'incluent pas ces données humaines, le mal-être, le mal-vivre, le mal-aimé, et pourtant ce sont eux qui sont la vie réelle des individus. Pour l'expertise, l'humain n'est qu'une abstraction qui ne peut figurer dans ses équations... La preuve n'est plus à faire.

Je suis donc prudent et critique devant les "solutions" qui existent déjà grâce aux experts alors que les principes restent empreints du même déficit d'humanité.

Un exemple au sein de YHAD: décider d'un RC est un principe d'ordre humaniste quant à une vision de la société et de l'humain; alors experts et technocrates doivent trouver/proposer les moyens techniques de son application/réalisation. En aucun cas ils ne doivent dire que c'est "trop coûteux" et qu'il vaut mieux mettre chacun au travail. Ce serait renverser, et... renversant!

4) court-terme et long-terme : chacun a sa place

Un membre disait : “Elles [solutions d'experts] sont simplement, pour l'instant!, inapplicables car elles ne trouvent personne pour les défendre, pour les "vendre" au niveau politique (tant aux élus qu'aux électeurs).

 Donc j'essaie, quand je propose quelque chose, de rester dans un domaine vraisemblable, et en tous cas applicable avant une dizaine d'années.

 Ce qui se passera dans 50 ans ne me concerne pas des masses et je doute que nos descendants soient d'accord pour se laisser téléguider sans avoir la possibilité de donner leur avis eu aussi. le principe de précaution doit marcher dans les deux sens.” 

Ce qui se passera dans 50 ou 100 ans me concerne, et de toute façon concernera les enfants de mes enfants... Ainsi en est-il de l'air qu'ils respireront et de l'eau qu'il boiront, par exemple. Cela ne s'appelle pas téléguider leur mode de vie futur mais plutôt assumer ma responsabilité aujourd'hui sur cette même Terre.

Sur le court-terme de moins de 10 ans qui te semble seul concret. Je respecte ton ressenti et je respecte le ressenti contraire... Ce n'est pas incompatible.

En effet, YHAD peut fonctionner en étage ou compartiments, liés à des solutions de terme court ou long. Selon la sensibilité de chacun à y travailler. Car tout cela est complémentaire.

 Mais ce qui me semble à éviter, c'est que le court-terme dicte ses contraintes (et sa courte-vue) aux autres secteurs... C'est le drame et la faillite de la politique aujourd'hui, comme le déplorait le Commandant Cousteau.

Il n'y a pas de pensée unique à YHAD: ceux qui veulent se concentrer sur les 10 ans, et ceux qui veulent imaginer plus loin. Chacun doit respecter le point de vue de l'autre et non le décrédibiliser en le taxant de rêve déconnecté du réel.

L'histoire est riche d'idées et intitiatives ayant demandé 50 ou 100 ans ou plus avant de se voir traduire dans la réalité. Concernant l'abolition de l'esclavage, décidé en 1848 par la France dans ses colonies, si Victor Schoelcher a eu la joie de le vivre, combien avant lui se sont battus mais sont morts avant... A la Réunion, la première abolition de 1794 a échoué, ce qui pouvait désespérer les bonnes volontés. Mais 54 ans plus tard, une idée-force qui avait mûri à 10 000km de là, a libéré les chaînes de 60 000 esclaves ...

5) Pays pauvres du Sud, esclavage et matière à négationisme

Je ne souhaite opposer ni blâmer personne car il n'y a certes pas les bons et les méchants, et de plus j'ai la conviction qu'il ne faut jamais confondre les acteurs et les rôles, tels que l'histoire nous les présente. Blancs, Noirs, Jaunes, Colorés, Occidentaux, Orientaux, sont des acteurs, et les rôles récents étaient braves-esclaves-victimes contre vilains-colons-Blancs. Mais les rôles peuvent toujours changer ; l'histoire plus ancienne et aussi d'aujourd'hui, l'illustre volontiers.

Par contre, les actes restent des leçons objectives pour l'humanité présente et à venir, et n'essayons pas de les nier ou de les minimiser. Depuis l'antiquité les peuples se sont fait la guerre et les vaincus étaient généralement esclaves (Egypte, Grecs, Romains, Croisades, Arabes).

Les peuples Noirs n'ont pas échappé à la règle, mais cette triste pratique a été récupérée par les partisans (actuels) d'un négationisme de l'esclavage. Durant les commémorations de 1998, en France, nombres d'historiens ont répondu clairement à cette argumentation incroyable.

Je ne reprendrai pas ce débat ici, mais juste rappeler un minimum utile:

-les colons européens se sont tournés vers les Noirs après la controverse de Valladolid où l'église catholique a reconnu que les amérindiens avaient une âme et qu'on ne pouvait donc les réduire en esclavage...

-si les européens ne s'étaient pas mis à acheter leurs prisonniers de guerre aux tribus noires pour en faire des esclaves, cette pratique serait restée résiduelle. Mais la demande a entraîné l'offre, avec la surenchère entre Portugais, Espagnols, Britanniques, Français, Hollandais. Ainsi à Zanzibar, les Arabes se mêlaient volontiers à ce commerce avec les chrétiens tant il y avait à y gagner.

-si tout cela était seulement affaire de réglement de compte risibles entre peuplades Noires, pourquoi 2 Rois de France (Louis XIV et Louis XV) auraient -ils pris la peine de signer de leur main un Code Noir traitant de tout ce qui touchait au fonctionnement de l'esclavage et de l'esclave?

-en France par exemple, il était possible d'affranchir les esclaves, mais cela n'était guère fait, même par des religieux! 

Aujourd'hui les principes de l'esclavages se sont adaptés au monde dominé par l'économie sauvage, et il n'y a plus de critères raciaux, mais plutôt de misère...

Ne cherchons pas à disculper ou nier l'inexcusable, encore moins au sein de YHAD! 

Sortons des rôles passés et nous y verrons plus clair.

Prenons du champ et laissons parler notre intelligence du coeur, l'âme.

Le 22/05/00
Dominique Ramassamy - Membre fondateur de YHAD